Question au Président de la BCE
« Monsieur le Président,
Je suis un élu français, mais je ne vous ferai pas le mauvais procès de vous accuser de ne pas vous préoccuper de la croissance, compte tenu des mesures non conventionnelles que vous avez prises, au risque de susciter des comportements dits « d’aléa moral » de la part des banques.
Le vrai débat, que les socialistes français veulent initier, en demandant la renégociation de certains textes européens, porte sur la meilleure stratégie à adopter pour soutenir la croissance.
Vous êtes un fin connaisseur de la littérature économique. La ligne que vous semblez défendre peut être qualifiée de ligne des Trésors européens, en référence au terme utilisé par Keynes pour désigner la ligne du Trésor britannique (The Treasury view) en 1929, dans ses contributions à la commission MacMillan. Vous nous avez expliqué qu’une politique monétaire suffisamment expansionniste, combinée à une politique budgétaire restrictive et à des politiques d’ajustement structurel suffiraient pour stimuler la reprise. Or les politiques d’ajustement structurel sont en passe de faire plonger la zone euro vers la récession en 2012, comme le prévoient les instituts de conjoncture.
L’investissement est insensible au coût du travail et à la politique monétaire.
Il dépend avant tout d’une demande qui est désormais atone et qui explique que la demande de crédit des entreprises soit si faible, comme vous l’avez fait remarquer dans votre présentation.
Dans ces conditions, la politique monétaire suffit-elle à éviter la récession et à relancer l’économie ? Dans le cadre d’un bon Policy mix, peut-on se priver de politique budgétaire ?
Vous direz sans doute qu’il n’y a plus de marges de manoeuvre, mais vous avez fait vous même référence à la distinction, que Keynes proposait d’établir, entre budget de fonctionnement et budget d’investissement. Il disait que le budget de fonctionnement devait être équilibré, mais que les investissements publics, ayant un impact sur la croissance, pouvaient faire l’objet d’emprunts, notamment dans le cadre de politiques anticycliques.
Quelle attitude adopterez-vous si la France, en cas de changement électoral, proposait de renégocier le traité budgétaire, en fixant pour nouvelle règle l’exclusion des investissements publics du calcul des déficits ? »
Sans fermer la porte à cette proposition, le Président de la BCE a répondu en rappelant qu’un débat technique portant sur l’identification des dépenses d’investissements et des dépenses de fonctionnement s’était déroulé lors de la rédaction du traité de Maastricht.
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